IMM1003Éléments d’évaluation immobilière
Le marché de l’habitation au Québec · Chapitre 3

Le contexte macroéconomique canadien

Aucun marché du logement ne s'analyse hors de son environnement financier et réel. Ce chapitre fixe le décor : taux, inflation, activité, emploi, démographie et change.

3.1Vingt ans de taux : de l'argent gratuit au choc de 2022#

La figure 3.1 résume l'environnement financier dans lequel le marché de l'habitation a évolué. Après la crise financière de 2008, le taux court canadien passe sous 1 % et y demeure — à un bref épisode près — pendant plus d'une décennie, culminant avec les taux planchers de la pandémie (0,1 %). Le renversement de 2022 est le plus brutal de la période : environ 450 points de base en dix-huit mois, portant le taux court au-delà de 5 %. Depuis 2024, la détente est engagée : taux court à 2,3 % en juin 2026, obligations 10 ans à 3,4 %. La courbe des taux, inversée en 2023, s'est repentifiée — configuration typique de fin de cycle restrictif.

Figure du rapport

Figure 3.1 Taux interbancaire 3 mois et rendement obligataire 10 ans, Canada, 2005–2026.

Pour le marché hypothécaire, deux lectures complémentaires : le taux court gouverne les prêts à taux variable et le coût de refinancement des prêteurs ; le 10 ans ancre les taux fixes de plus longue durée. Le choc de 2022 a frappé les deux extrémités à la fois — une rareté historique — ce qui explique la violence de la correction dans les marchés les plus endettés (chapitre 7). Le rôle des périodes prolongées de taux bas dans la formation des booms immobiliers fait l'objet d'une littérature abondante et contrastée : Taylor (2007) y voit la cause première de la bulle américaine des années 2000, quand Kuttner (2013) conclut que les taux seuls n'expliquent qu'une fraction des hausses observées — le crédit et les anticipations faisant le reste.

3.2L'inflation, déclencheur du cycle immobilier 2022–2023#

Ce choc de taux répond à la poussée d'inflation de 2021–2022 (figure 3.2) : sortie de la fourchette cible de 1–3 % au printemps 2021, l'inflation culmine à plus de 8 % à l'été 2022 — un sommet de quarante ans — avant de revenir dans la cible (2,3 % à la dernière observation disponible, mars 2025), au prix du resserrement le plus rapide de l'histoire moderne de la Banque du Canada (Banque du Canada, 2023). Pour le marché de l'habitation, la séquence est déterminante : c'est l'inflation qui déclenche le resserrement, et c'est le resserrement qui casse le cycle immobilier canadien — mais pas le québécois, comme le montrera le chapitre 7.

Figure du rapport

Figure 3.2 Inflation de l'IPC d'ensemble, Canada, glissement annuel, 2005–2025.

3.3Activité et emploi : un atterrissage sans effondrement#

Les figures 3.3 et 3.4 complètent le tableau. L'économie canadienne n'a connu que deux contractions marquées en vingt ans (2009 et 2020) ; le resserrement de 2022–2023 a produit un ralentissement prolongé (croissance du PIB autour de -0,1 % sur quatre trimestres début 2026) sans récession déclarée, et une remontée graduelle du chômage vers 6,5 %. Autrement dit, la correction immobilière canadienne de 2022–2026 est une correction de taux, pas une correction d'emploi — une configuration historiquement moins destructrice pour les prix, car elle ne génère ni vagues de défauts ni ventes forcées massives. C'est précisément la combinaison inverse — endettement élevé et choc d'emploi — qui avait rendu la crise américaine de 2007–2009 si profonde (Mian et Sufi, 2014). Le niveau d'endettement des ménages canadiens, parmi les plus élevés du G7, demeure néanmoins le facteur de vulnérabilité structurel du système (Crawford et Faruqui, 2012).

Figure du rapport

Figure 3.3 PIB réel du Canada, variation sur quatre trimestres, 2005–2026.

Figure du rapport

Figure 3.4 Taux de chômage, Canada, mensuel désaisonnalisé, 2005–2026.

3.4La démographie : le choc de demande de 2022–2024#

La figure 3.5 met en évidence un déterminant fondamental trop souvent omis : la croissance démographique. Stable autour de 1 % par an pendant quinze ans, elle bondit à 1,9 % en 2022, 2,8 % en 2023 et 3,0 % en 2024 — des rythmes sans précédent depuis les années 1950, portés par l'immigration permanente et temporaire — avant de retomber sous 1 % en 2025 avec le resserrement des cibles migratoires. Ce choc de demande, survenu alors même que les taux montaient, aide à comprendre pourquoi les prix canadiens n'ont pas baissé davantage, et pourquoi les loyers et les marchés abordables (dont le Québec) ont été particulièrement sollicités.

Figure du rapport

Figure 3.5 Croissance annuelle de la population canadienne, 2005–2025.

3.5Le taux de change#

Enfin, la figure 3.6 rappelle la trajectoire du huard : parité avec le dollar américain durant le super-cycle des matières premières (2007–2011), puis glissement vers une fourchette de 1,35 à 1,45 $ CA par $ US. Un dollar faible renchérit les intrants de construction importés et soutient, à la marge, la demande étrangère d'actifs immobiliers canadiens.

Figure du rapport

Figure 3.6 Taux de change, dollars canadiens par dollar américain, moyenne mensuelle, 2005–2026.

Le tableau 3.1 rassemble les valeurs de référence de ces indicateurs.

Tableau 3.1 Tableau de bord macroéconomique du Canada. Source : FRED ; calculs de l'auteur.
Indicateur (Canada)Dernière valeurJanv. 2020Il y a 5 ansObservation
Taux court 3 mois2,3 %1,6 %0,1 %juin 2026
Rendement obligataire 10 ans3,4 %1,5 %1,4 %juin 2026
Inflation IPC (glissement annuel)2,3 %2,4 %0,9 %mars 2025
Taux de chômage6,5 %5,5 %7,9 %juin 2026
PIB réel (variation sur 4 trim.)-0,1 %-0,3 %0,6 %janv. 2026
Points clés#

L'environnement 2024–2026 — inflation revenue dans la cible, taux courts autour de 2¼ %, chômage contenu, croissance démographique en net ralentissement — est celui d'un assouplissement graduel. Il est cohérent avec la reprise des prix observée au Québec et laisse présager, pour le reste du Canada, une stabilisation davantage qu'une nouvelle jambe de baisse ; mais le freinage démographique retire au marché un soutien majeur des années 2022–2024.